Dans la ville en feu / Les dieux du verdict - Michael Connelly



J'avais juré que l'on ne m'y reprendrait plus et laissé Michael Connelly au plus bas.
Lecteur, j'éprouvais douloureusement l'abîme résidant, pour un auteur, entre être et avoir été. Connelly n'était plus qu'une ombre et j'avais dû me résoudre à faire mes adieux à Harry Bosch et Mickey Haller.
Je jette un voile pudique sur mon exaspération à la lecture de Volte face, Le cinquième témoin, Ceux qui tombent, néants intersidéraux de vacuité et alignements de mots indignes de la part de l'auteur des Égouts de Los Angeles ou du Dernier Coyote.

Même si, en soi, le polar me semble assez vain comme genre littéraire, Michael Connelly a toujours eu le savoir-faire pour trousser une histoire, rendre attachants ses personnages et ne faire lâcher qu'à regrets ses livres. En articulant finement les enquêtes menées par Harry Bosch aux répercussions qu'elle pouvaient avoir sur sa vie intime, M Connelly dressait le portrait d'un homme solitaire et complexe.
Or, depuis Wonderland avenue, l'auteur n'a plus grand chose à dire sur son personnage, vieil ami que l'on fréquente silencieusement, tous les mots semblants avoir été échangés.
Heureusement, la virtuosité des intrigues compensait la transparence grandissante des personnages. Mais même celle-ci avait disparu depuis la catastrophe industrielle des 9 dragons.

S'il semble qu'il faille faire notre deuil de la complexité de personnages à peine esquissés et vagues prétextes à narration, le cadavre Michael Connelly semble encore bouger un peu. En nous ressortant les vieilles recettes qui fonctionnent toujours, Dans la ville en feu nous plonge dans le LA à feu et à sang des émeutes de l'affaire Rodney King, matrice de l'oeuvre de Connelly. Toujours évoqués mais jamais traités, les soubresauts crépusculaires de la cité des anges sont ici le décor du meurtre d'une journaliste danoise qui semble n'avoir rien à y faire. Là encore, la fin est bâclée et de grands trous subsistent dans la narration (le silence de Mendenhall, personnage secondaire qui arrive telle un deus ex machina pour sauver HB de l'embarras, le méchant est ectoplasmique on en passe et des meilleurs) mais on retrouve enfin le bonheur de lire une enquête qui se tient à peu près, plaisir absent depuis si longtemps des aventures de Harry Bosch.


Mieux, Les dieux du verdict, série de l'autre personnage récurrent de Connelly, Mickey Haller (demi-frère de Bosch et double à peine inversé de celui-ci, jamais vraiment intéressant psychologiquement) montre que l'auteur de La défense Lincoln n'est jamais aussi bon que dans l'évocation et la mise en scène du théâtre judiciaire américain, renouant avec son vieux métier de chroniqueur judiciaire. On en a finalement presque plus de plaisir à lire les aventures de l'avocat que du policier, le genre "thriller juridique" semblant désormais plus adapté à l'écriture de Connelly.
Bref, je me demande si je vais pas me relire les Connelly cet été, moi, mais les vieux, les bons...

PS : je fais l'impasse sur la page 288 de Dans la ville en feu, le traducteur (ET directeur de collection passé avec armes, textes, trad' et bagages dans une maison concurrente pour publier) a dû se mettre en grève parce qu'il y a des passages incompréhensibles, et des anglicismes qui traînent as usual.

Bon et puis pour l'anecdote, je n'arrive pas à imaginer Harry Bosch, et ce, depuis les premières lignes qu'avec la tête du Stuart Wilson de L'arme fatale 3 (qui est quand même un vrai navet).


Oui, c'est comme ça, ne demandez pas pourquoi.

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