Canicule - essai de mythologie sur Yvain de Chrétien de Troyes / Mythologie chrétienne - Philippe Walter



Il était temps de revenir à d'anciennes amours.


Canicule est un essai. Un essai de mythologie au Moyen Âge, du Moyen Âge.
Yvain le chevalier au lion est un roman de Chrétien de Troyes. 
Un lieu de convergence : du projet narratif de l'auteur champenois, mais aussi de croyances et de savoirs, de rites, de pratiques, bref des mythologies de son temps. Émergent ainsi la figure du Maître du Sauvage, du Bouvier, des taureaux mythiques, de la folie caniculaire (à laquelle répond Bertrand Hell dans le passionnant Sang Noir) lors d'une occasion manquée, celle d'un homme qui se perd et doit plonger au cœur de la folie pour recouvrir l'unité intérieure, affronter ses démons pour mieux reconquérir le monde (on pense alors au Héros au 1001 visages de Joseph Campbell). 



On revisite la fontaine de Barenton, porte des mondes, on aperçoit saint Cadoc et les fils du Netun, le lointain Neptune et l'on comprend que l’œuvre de Chrétien est inscrite dans un calendrier bien précis, le Grand Temps d'Eliade, temps mythique d'une régénération permanente des dieux et des héros, de leur geste dans la mémoire et la vie rêvée des hommes.
Philippe Walter dévoile l'art de raconter les histoires, les motifs qui émaillent les textes médiévaux (et donc l'Yvain) qui racontent d'autres histoires, celles de croyances et de mythes celtes et pré-celtiques, en écho, en résonance. Les figures qui nous hantent, les rêveries qui nous habitent sont d'un temps plus grand que nous.


Dans son passionnant Mythologie Chrétienne, rédigé deux décennies plus tard, P. Walter reprend le schéma de ce temps calendaire : notre calendrier luni-solaire (issu des calendes romaines) s'organise en une structure qui s'impose encore à nous depuis plusieurs centaines, voire milliers d'années.
Des motifs, des rites et des pratiques qui s'effacent trouvent leurs sources dans des temps pré-indo-européens. Le cycle des quarante jours rythme ainsi nos vies d'occidentaux et le temps chrétien s'en est accommodé, tant bien que mal, conservant les anciens mythes en croyant les éradiquer.

En fin connaisseur des littératures médiévales, P. Walter détricote cette pelote de références dont nous ne maîtrisons plus les codes en subsumant les traces infimes de ces histoires mythiques érodées telles des galets dans l'eau, défigurées et rhabillées d'atours chrétiens (les saints) souvent mal fagotés, qui ne masquent qu'imparfaitement des origines bien plus antiques.
Philippe Walter restaure la mémoire, les structures et le réseau narratif sur lequel repose l'imaginaire d'un temps si lointain qu'il n'en reste plus que des traces ténues et pourtant identifiables.
On y découvre des motifs, des images, des figures d'une inquiétante étrangeté. Présents à notre insu telle la crypte des drames psycho-généalogiques, inaccessibles et qui ne laissent pas de nous hanter. Philippe Walter nous rend ainsi les clés de notre temps.

Des ouvrages absolument essentiels et passionnants en tous points, rien de moins. 
Le débutant commencera par Mythologie chrétienne composé de courts chapitres synthétiques et forts bien écrits, pour s'engager, mieux assuré, dans la bibliographie walterienne.

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