Portnoy et son complexe - Philip Roth




Portnoy est chez son psy.
Il a tour à tour 4, 16 ou 35 ans. Il crache sa bile, son amour et sa détestation de la médiocrité du monde. Qui l'a fait tel qu'il est. Et qu'il abhorre. Portnoy s'écorche mot à mot, phrase après phrase, dans un long cri de rage ininterrompu.

Alors tous y passent. Son père, sa mère, sa sœur, l’institution familiale (juive, bien évidemment) dans un jeu de massacre sans fin. La bêtise crasse, les mesquineries, l'étroitesse d'esprit, les carcans mentaux, la perversion et la méchanceté de personnages implacables sont éviscérés dans une diatribe ininterrompue, logorrhée verbale, exécration diarrhéique.
Il y a une jouissance de la profération, les points d'interrogation n'ont jamais autant résonné que dans cette éructation libératrice. Portnoy et son complexe ou de l'écriture utilisée comme un lance-flamme.

Dévoré par ses pulsions sexuelles, une libido qui ne demande qu'à déborder, ainsi la joie de la masturbation (hilarant épisode de l'ampoule), Portnoy est un moderne Kafka qui aurait enfin trouvé le chemin du psychanalyste.
Mais surtout, bien plus que la dénonciation, Philip Roth donne à entendre une voix, la singularité d'un être en quête éperdue de liberté.
Si Vipère au poing était un cri haineux contre la Famille et crachait la colère et le chagrin de l'enfance sans amour, Portnoy, en revanche, dit quelque chose de la solitude de l'adolescence en général et de l'identité masculine en particulier (il n'y a que le Virgin Suicides de Sofia Coppola qui ait ausculté avec autant d'acuité, quoique à l'autre bout du spectre des émotions, l'âme des garçons).
Très écrit, le texte de Roth est cependant fait pour être déclamé. A plusieurs reprises le lecteur est tenté de lire à haute voix. Sitôt énoncé, le texte laisse entendre la musique de la littérature, dans sa fiévreuse et impérative nécessité.

A qui l'offrir ?
- Portnoy ne s'offre pas, il se conquiert.

Vous avez aimé ? Vous aimerez peut-être...
- Les œuvres de Woody Allen ont visiblement été inspirés par P. Roth.



Virgin Suicides de Sofia Coppola. 

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