Les âmes vagabondes - Stephenie Meyer





Ça devient vraiment n'importe quoi ce blog.

Déjà que j'ai un peu de mal à trouver l'énergie pour rédiger de nouveaux messages...

Alors voilà ! On commence par les meilleurs bouquins, ceux qui mettent en valeur, ceux qui se la jouent un peu, qui disent "vous avez vu ce que je lis et comment j'en parle bien". On sort les essais un peu pointus qui font le lecteur qui pose et tout ça pour quoi ? Finir par un bouquin de Stephenie Meyer...? et pourquoi pas Les oiseaux se cachent pour mourir, tant qu'on y est ?
Et bien qu'on se le dise, non ! je ne fais pas mon coming-out chick-lit.
Et non ! je ne ferai pas de critique a priori négative de tout ouvrage que j'ai lu... Alors qu'est-ce que je fais dans cette galère ?

Disons que, il faut, parfois, se confronter à ses propres contradictions...

Précisons un peu : il y a d'une part le plaisir, puissant, inextinguible, celui de lire, de se raconter des histoires, de s'offrir des fugues qui n'appartiennent qu'à soi, un temps pour soi, un temps à soi. Un temps contrôlé pour mieux s'abandonner à l'écriture d'autrui. Quelque chose entre la folle liberté et la tentative glorieuse et vaine de contrôler un bref, un court instant, le temps et la mort.

Quand on lit on est immortel car on est là et ailleurs, on est soi et autrui.

Et puis il y a aussi la vie sociale de nos lectures. Lire c'est s'inscrire dans un réseau de sociabilité, de lectures croisées et partagées. Nos choix de lectures nous disent qui on est, aux autres et à nous même. Or chez nous autres français, plus qu'ailleurs, le livre est aussi un marqueur social. Dis moi si tu lis et, si oui, quoi ? Je saurais qui tu es et comment tu te vois toi-même.
Et c'est bien là le problème. La lecture n'est pas seulement pure jouissance (ou ennui ou...) elle est aussi encombrée de ces socio-types dira-t-on. Dans quelle mesure suis-je moi-même victime de mes propres préjugés de classe, dont les lectures sont autant de marqueurs ?
Si je désespère d'arriver à convaincre mes amis des apéritifs littéraires, , de la qualité de la science-fiction, suis-je même capable d'être curieux, de me laisser surprendre, d'accepter d'essayer ce que je crois ne pas être pour moi, ne pas être mon genre ? De dépasser mes propres stéréotypes ? Dans quelle mesure suis-je capable d'accepter d'essayer des lectures que mon premier mouvement me pousse à rejeter, voire à mépriser au nom de tous les signes de non congruence entre ces lectures et (l'idée que je me fais de) mon groupe d'appartenance sociale ?
Car je pense sincèrement que l'ouvrage de Stephanie Meyer ne me concerne pas, qu'il ne mérite même pas la lecture, le rejetant ainsi dans la pile généreuse de mon mépris, de celle que j'affuble de l'étiquette "même-pas-la-peine-tellement-c'est-naze-ce-truc-cul-cul-la-praline-pour-nana-romantique-gnan-gnan-qui-lisent-Meyer-alors-qu'il-y-a-vingt-ans-c'était-Danielle-Steel-ou-Barbara-Cartland". Et ça c'est la version light.
Or si toute la promotion autour de Meyer semble confirmer que je ne suis effectivement pas le cœur de cible de ce genre de livre, pour le dire gentiment, cela ne dit rien du texte lui même. Tout cela n'est que construction sociale et médiatique autour de l'ouvrage, mais pas l'ouvrage lui-même.
Or si j'ai le mépris facile (personne n'est parfait), il n'y a peut-être que cette inclination intérieure que je méprise encore plus.
Lorsque ma copine C., lectrice plus éclectique, curieuse et rapide que moi m'a mis Les âmes vagabondes entre les mains, je me suis dit qu'il était temps que je m'applique à moi-même ce devoir de curiosité dont je déplore trop facilement l'absence lorsqu'il concerne mon genre fétiche...

L'histoire : la terre a été envahie par des extraterrestres. Ceux-ci ont besoin d'un hôte humain dont ils s'approprient les souvenirs une fois leurs corps occupés. Un monde policé a vu le jour où les extraterrestres font régner un ordre parfait... Des poches de résistance humaines subsistent et se cachent. Mélanie s'est fait prendre et se suicide juste avant d'être rattrapée. Mais la technologie extraterrestre la maintient en vie et une entité est injectée en elle, Vagabonde. Vagabonde a connu plusieurs migrations et plusieurs incorporations dans différentes civilisations. Mais Mélanie est une adulte à forte personnalité, elle n'est pas annihilée et subsiste, coexiste aux côtés de Vagabonde, dans son propre corps. Celle-ci, fascinée par la puissance inconnue des émotions humaines, et pressée par une Traqueuse persuadée qu'elle peut extirper des souvenirs résiduels de Mélanie, décide de fuir sa société invivable et de rejoindre les humains qui subsistent. Tiraillée entre le souvenirs passionnés de Mélanie et son propre mal-être, Vagabonde trouve enfin un groupe d'humains cachés, un groupe où se cachent son frère Jamie et son amant Jared. Euh... non, ceux de Mélanie... Enfin, oui, mais Vagabonde (surnommée Gaby après s'être difficilement accepter), dispose aussi des souvenirs de Mélanie, qui lui fait des crises de jalousies... Et puis il y a Iain...

Alors il ne faut pas chercher très loin, l'univers que plante S. Meyer, c'est celui du film L'invasion des profanateurs de sépultures, (et de son remake, Body snatchers), eux-mêmes inspirés du roman de Jack Finney et de Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Et si le monde décrit n'a absolument aucune originalité pour un lecteur de SF, il faut reconnaitre un certain savoir-faire à l'auteur. En ce sens, le premier tiers du roman se lit plutôt bien, porté par une traduction fluide.

Lecteur qui va plus loin sache que tu peux trouver dans les lignes qui suivent de vrais morceaux d'intrigues dévoilés. Te voilà maintenant averti.

Et c'est tout.

Car le vrai projet littéraire de S. Meyer consiste à restaurer une époque perdue, le XIX siècle, celui de l'incommunication entre les êtres au cœur du tourment amoureux. Le tout avec les critères culculapralinesque de la romance pur sucre à l'américaine... Oui, tout ça pour ça. Invoquer les mânes de la SF, déployer une écriture somme toute assez fluide, aisément lisible à défaut d'être recherchée, pour pondre un Harlequin de 700 pages.

Parce que en fait je vous la fais courte mais l'histoire c'est :

"Je suis une extraterrestre mal dans ma peau (tu m'étonnes), donc je viens me frotter aux humains que mon espèce asservit parce que j'espère qu'ils vont m'apprécier et puis comme en plus l'identité du corps que j'occupe a des souvenirs torrides (encore que) et qu'ils polluent (!) mon propre psychisme j'aimerais bien y goûter. Comme en plus je ne peux pas dire que l'humaine survit en moi parce que ces humains vont me tuer et que j'ai des scrupules vis-à-vis de l'humaine en moi je ne peux pas tomber amoureuse de son amoureux car il ne croirait jamais que l'humaine a survécu. Mais qu'est-ce qu'il est beau (je rappelle que Vagabonde est un mille-pattes dans la nuque de Mélanie, comme quoi S Meyer a même du voir Hidden), mais c'est trop difficile à supporter d'être une autre et elle-même, en même temps et de ne pouvoir m'autoriser à l'aimer. Et puis il y a cet autre humain, Iain, qui me dit être amoureux de moi, moi le mille-pattes (pas du tout intéressé par l'enveloppe charnelle de Mélanie, l'autre humain j'imagine), lui seul est vraiment gentil avec moi, mais c'est Jared que j'aime, mais quand même. La seule solution consiste à me sacrifier pour pouvoir bien pleurer sur mon sort et me rendre aimable et admirable par mon sacrifice, là enfin ils comprendront que je suis gentille et que je suis perdue parmi ce monde trop complexe." Mais ça finit bien sinon c'est pas drôle.

D'abord moi je dis que Stephenie n'a pas envisagé toutes les solutions : un plan à trois (ici ça fait quatre...) résolvait bien des problèmes... Parce que dans la bluette ci-dessus il n'y a qu'un malheureux petit bisou échangé et de chastes sommeils. Sur 700 pages. Je ne demande pas Le Déclic de Manara mais un juste milieu aurait été un minimum logique, non ? Mais là ça va trop loin pour Steph la mormone.

Alors quand tu auras fini d'écrire des culculteries, M'ame Meyer, tu pourras peut-être envisager de te tourner vers l'écriture parce que, quand on y réfléchit bien ta première partie tient plutôt la route, parce que tu aurais pu enlever toutes les incohérences (Vagabonde est traumatisée par la simple présence d'une arme mais n'est absolument pas dérangée que son espèce annihile toutes les espèces qu'elle colonise, ce qui n'est pas du tout violent...), tu aurais pu t'intéresser à la question de la cohabitation entre individus à l'intérieur d'un corps, bien que le terrain soit déjà bien occupé (Matt Ruff dans La Proie des âmes ou encore Philip K. Dick). Parce que tu aurais pu facilement couper au moins 200 pages de tourments imaginaires et de remords amoureux et même qu'en gardant l'angle amoureux cela aurait pu être intéressant, mais ton vrai problème est que les sentiments que tu exposes ne viennent pas de Véga à bord d'un golgoth mais bien... des Feux de l'amour.


Et c'est là le défaut majeur de ton texte : il n'est absolument pas crédible tellement il est "daté" et ancré dans ta réalité de ton XXI siècle américain (et probablement républicain).
Et puis il y a un truc qui me gène quand même : c'est que tu piques le créneau de Robin Hobb. Les tourments intérieurs, la procrastination amoureuse dans un cadre SF ou fantasy, elle fait ça depuis des années et plutôt pas mal en fait, même si elle a trop tiré à la ligne. Et sous son vrai nom elle a écrit l'histoire que tu lui a piqué repris, celle de la confrontation et des luttes de pouvoir entre un E.T. et un humain dans un espace clos, c'est juste l'argument de son peu connu Alien earth, un chouïa plus ambitieux.

 Hein ? Ça marche ? Tu vends des livres ? Et même des histoires de vampires et de loups-garous ? Ah, bon. Ben tant pis alors.

Comment ça j'ai été méchant ? oui, bon, c'est vrai, je m'excuse mais c'était trop tentant... (petit diable qui sifflote). Je n'ai pu m'en empêcher mais c'était à la hauteur de ma déception de me rendre compte que mes préjugés n'étaient pas complètement infondés.

Mais en revanche, promis, je continuerai à essayer de lire des livres qui ne me concernent pas a priori, en espérant avoir tord, un jour.

À qui l'offrir

- surtout pas à une adolescente
- en fait, je sais pas à qui...


Pour prolonger la lecture

Si vous avez aimé Les âmes vagabondes je vous conseille les textes de Robin Hobb aka Megan Lindholm et en particulier Alien Earth, huis clos étouffant et passionnant entre un humain et un extraterrestre.
Pour les tourments amoureux contrariés tout L'assassin Royal de la même Robin Hobb. Les 6 premiers tomes suffisent et, pour ma part j'ai lâché Les aventuriers de la mer (série intercalaires entre les 6 premiers et les 6 tomes suivants de L'assassin royal. Oui c'est compliqué, non on ne félicite pas l'éditeur français) par manque d'empathie avec les personnages que l'auteur sait en tout cas particulièrement bien croquer. Le discours intérieur c'est sa spécialité. Et puis, après, il y a le sublime Dernier Magicien magnifique réflexion sur l'identité et le dialogue intérieur.
Pour les identités multiples, Matt Ruff est pour vous et met la barre très haut (malgré un final un peu décevant).

Commentaires

  1. Eh bien quel courage de te lancer dans un roman dont tu méprises le genre a priori... c'est presque du masochisme !! Remarque, maintenant, tu peux donner ton avis en toute conscience sur ce type de littérature...
    Je n'ai encore rien lu de Meyer. Par contre j'avais regardé par curiosité le deuxième Twilight quand il était passé à la télé, par curiosité, pour comprendre l'engouement de toute une génération !! Eh bien, ça a été catastrophique : je n'avais jamais vu jusque là un film aussi niais, aussi inconsistant, aussi ridicule, aussi mal joué (et pourtant j'en ai vu des nanards !!) mais alors, là, ça atteignait des sommets d'indigence !! J'en avais des spasmes de rire nerveux incontrôlés... Et je me demande avec angoisse si l'adaptation cinématographique est vraiment fidèle au roman !!! J'espère pour la romancière que non...

    En tout cas, tu as l'air super calé en SF... ;)


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  2. Raah le deuxième Twilight...! Un moment d'ennui abyssal mal joué par de mauvais acteurs mal dirigés dans une mauvaise histoire...(Kristen Stewart a des moments INCENDIAIRES dans Into the wild par exemple, là elle sait jouer).

    En même temps, il est bon aussi de sortir de ses a priori : je sais que en général je me trompe sur ma première impression. Et puis le mépris au préalable c'est surtout condescendant et malhonnête intellectuellement. Combien d'individus méprisent tel ou tel auteur, non pas pour ce qu'il écrit mais sur les marqueurs sociaux de ces textes, par déconsidération de la classe sociale et des lecteurs identifiés comme cible explicite de lectorat ? Or cela ne dit rien sur le texte lui même.
    C'est ce genre de mépris (hautement méprisable lui même) que j'ai voulu combattre en moi. Mais là j'avais raison.
    Merci de ton passage !

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