Le Tueur - Jacamon et Matz





Le tueur, c'est son nom. C'est son métier.
Cela fait dix jours que son "contrat" devrait être là, en face de l'appartement où il se planque. Dix jours, sans rien, sans un signe, ni un mouvement.
Alors il pense, il réfléchit. Il se remémore le parcours qui a fait de lui un tueur à gages.
Vaguement étudiant en droit, il se propose de faire peur à un ennemi d'ami. Sauf qu'il ne lui fait pas peur, il le tue. Au cours d'une conversation, il en parle à demi-mot à son prof. Loin de le dénoncer, celui-ci le conseille et devient progressivement son employeur principal.
 
Bon, toujours rien en face...

Ce n'est pas qu'il aime ça tuer, non, mais ça lui permet de ne pas être un mouton, écrasé par un système qui broie les individus et les peuples. Un système qui repose sur une montagne de cadavres à travers l'histoire.

Putain, qu'est ce qu'il fout ?

Un système où chacun est complice a minima par ignorance, inertie, je-m’en-foutisme ou lâcheté ou, au pire comme commanditaire. Alors qu'on ne vienne pas lui faire la morale. D'autant plus qu'il n'est jamais au chômage. Avocats, épouses trahies, concurrents économiques, la demande est forte sur le marché de la mort...

Ça y est, ça bouge en face. Attends, il y a un problème : pourquoi son contrat est-il suivi par les flics ET par une autre équipe ?



Ça fait longtemps que la série Le tueur, me fait de l’œil.

Je l'ai avalé en 2 jours.

Alors c'est noir, terriblement noir.
Le cynisme du personnage, son absolu manque d'humanité pourraient faire en sorte que l'on ne ressente pas d'empathie pour lui. Et pourtant, l'écriture est suffisamment maitrisée par une progression narrative alternant attente oppressante, remémoration de son parcours et réflexion philosophique, pour nous mener à connaitre de plus en plus intimement le personnage. A ce titre les premiers volumes ont très peu de dialogues mais beaucoup plus de "voix off".
Et si les tous premiers tomes alternent deux arcs narratifs entrecroisés, entre contrats qui ne se passent pas toujours aussi bien que le tueur le souhaite et découverte de son passé, les ouvrages suivants fissurent progressivement une carapace qui lui permet de s'identifier à la figure du crocodile, tueur patient et implacable.
On voit peu ainsi peu à peu s'ouvrir le personnage à l'humanité. On découvre même son prénom au tome 10...

Mention spéciale au dessin et à la couleur de Jacamon : la tentation aurait pu être de faire un dessin sombre et oppressant au vu du contenu. Bien au contraire, les couleurs sont lumineuses, le dessin des personnages est à la fois stylisé et réaliste. Enfin il y a un vrai sens du cadrage et du montage qui donne une dimension cinématographique à une série que je recommande chaudement.





 À qui l'offrir ?

- aux incurables optimistes ;
- aux lecteurs de polars.

Pour prolonger la lecture :

Si vous avez aimé Le tueur, vous aimerez peut-être :
- des mêmes auteurs, la série Cyclopes. Je ne l'ai pas lu.


  

- Idées Noires de Franquin. Le génial créateur de Gaston Lagaffe avait des périodes dépressives. Il en a tiré deux ouvrages désormais réunis en un seul tome d'Idées noires avec lesquelles il livre une vision de l'humanité d'une noirceur crasse. Pour tous les fans d'humour noir. Très noir.
J'adore.

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