La face perdue de la lune - Benjamin Legrand





L'histoire : Téren Fédor est un bleu, un bleu bite comme dirait le lieutenant Sahila Pendji. Normal, il vient d'arriver sur la lune, après cinq ans passé chez les Diggers sur le plancher des vaches à creuser pour récupérer et filtrer toutes les merdes bactériologiques, chimiques, radioactives qui ont infestés la Terre durant les guerres du XXIe siècle.
Maintenant c'est un Dumpmen. Un membre de ce corps d'élite qui veille sur ce tas d'horreurs entassées sur la lune, nouveau dépotoir planétaire.

Après la deuxième guerre de l'eau au début du XXIIe siècle, un nouveau pouvoir s'est fait jour, la Nouvelle Éthique de l’Être, rassemblant religieux de tous bords et scientifiques afin de nettoyer la terre et donner un sens à la vie de millions d'orphelins et de survivants de ces guerres. Comme un sursaut de l'humanité au bord du gouffre. Si la NEE a réussi à s'imposer, elle doit cependant lutter contre les pouvoirs en voie de disparition : militaires, vendeurs d'armes, grands groupes économiques, ou encore grandes banques car l'argent va bientôt être supprimé au congrès mondial de la NEE.
Le père McIntosh est un de ces jeunes prêtres, il suit le révérend-enquêteur Soulas sur la lune où un cas de corruption est soupçonné dans la base touristique, pas très loin du camp des dumpmen. Il est accompagné d'une jeune médium, Dandella. Or, dans les silos des dumpmen, quelque chose se réveille...

J'ai rencontré Benjamin Legrand au salon du polar de Mauves sur Loire, Mauves en noir. Je ne suis pas lecteur de polar mais j'ai le fétichisme du livre dédicacé. Je me baladais dans les travées avec quelques livres sous le bras et vit ce livre de science-fiction surnageant parmi les policiers. Quelques mots avec l'auteur et je l'ai pris un peu par hasard, un peu compulsivement, un peu parce que je ne sais pas dire non.


Et là, quelle belle surprise !
On passera sur une couverture particulièrement ratée pour retenir que Benjamin Legrand vient du monde du scénario. Scénario de bande dessinée (avec Tardi), de séries télévisées, Benjamin Legrand a le sens du rythme dans l'écriture et de la gestion de l'information.
Son écriture est particulièrement fluide et permet à de scènes d'expositions pourtant un peu assénées d'être tout à fait digestes. Son monde, notre monde est cohérent, on y adhère sans difficulté.
Mais la plus grande force de Benjamin Legrand réside dans l'écriture de ses personnages. Malgré quelques maladresses stylistiques ponctuelles, ils sont particulièrement vivants et leurs voix nous touchent. Le commandant des dumpmen, Al Shaabi, fait écho au personnage Fedmahn Kassad dans Hypérion de Dan Simmons, non pas par leur origine ethnique, mais par le poids de la solitude et du regret dans le destin du guerrier solitaire, du vieux lion blessé. Le destin d'orphelin de Téren, orphelin porté par le souvenir de ses grands parents, est un cousin du Wang de Pierre Bordage. On a vu pires références.
La narration alterne ainsi séquences d'action bien menées où l'influence cinématographique est très présente et découverte des personnages tout au long de l'ouvrage. On découvre ainsi les ressorts de certains d'entre eux plutôt vers la fin, ce qui à la fois ménage la gestion de l'information et le rythme de l'ouvrage. Enfin, il n'y a pas de personnage principal, chacun trouve sa place et la multiplicité des points de vue assure l'équilibre de l'économie globale de l'ouvrage.

Bref un très bon polar d'action SF (il faut bien quand même découvrir qui a tramé la catastrophe en cours, même si ce n'est pas le plus important).

À qui l'offrir ?

- à ceux qui veulent lire un bon bouquin de SF distrayant, sans pseudo sciences, avec un vrai sense of wonder.
 

Pour prolonger la lecture :

- Si vous avez aimé La face perdue de la lune, vous aimerez peut-être :

- Wang de Pierre Bordage. Pierre Bordage est un des auteurs de SF français le plus accessible (c'est une qualité !). Je ne suis pas fan des couvertures de l'Atalante, il faut donc la dépasser, mais le format est vraiment ici plus confortable que le poche. Il y a une vraie proximité entre les situations et les personnages des deux livres. Si les propos sont différents dans les projets, on retrouvera un même sense of wonder, une même facilité de lecture. Wang est son meilleur roman, à mon sens, mais presque tout est bon à découvrir chez Bordage, auteur chaleureux et généreux.



- Le cul des anges de Benjamin Legrand. Je viens de l'acheter, mais pas encore lu.

Ajout du 19 avril 2012 : je viens de terminer Le cul des anges. Il confirme tout le bien que je pense de Benjamin Legrand. Un polar enlevé où, là encore, il n'y a pas de personnage principal, la narration épousant les différents points de vue successivement sur une petite dizaine de personnages que Benjamin Legrand croque habilement.
Un polar de pure détente.

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