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Middlesex - Jeffrey Eugenides

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Calliope est née... fille après une séance de divination de genre sur le ventre de sa mère et dans la cécité successive des accoucheurs et médecins de famille. Elle se pense, se sent, se vit "fille" sans plus s'interroger. Sur quoi déjà ? Calliope, Calli, Cal, Middlesex raconte le destin d'un hermaphrodite dans l'Amérique des années 60.

Mais le cœur du roman n'est pas vraiment là.
Il est à Smyrne, en Turquie, gisant dans un secret de famille, scellé au milieu de l'Atlantique, deux générations plus tôt. Middlesex c'est d'abord l'épopée d'une famille d'immigrants en Amérique, leur histoire, ce qui se joue, se noue et se dénoue au fil des générations.
Middlesex en ce sens est beaucoup plus proche de son grand modèle, Cent ans de solitude, livre-monde, livre-monstre, livre-univers indépassable. Jeffrey Eugenides traque et exhibe la folie quotidienne qui hante les familles.
 À la différence de l'œuvre écrasante de Garcia Marquez, l'a…

White spirit - Shoof / Ensemble Al Nabolsy / Derviches Tourneurs de Damas

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L'ensemble Al Nabolsy, accompagnés de trois derviches tourneurs de Damas et du graffeur Shoof se sont produits la semaine dernière au Lieu Unique à Nantes.




Spectacle rare de représentants d'une tradition millénaire du soufisme.
Il y est question d'accéder au divin par la transe. La fascinanteperformance des danseurs est portée par les chants de l'ensemble Al Nabolsy. Le taggeur Shoof, pendant ce temps, traduit graphiquement les volutes du chant et de la danse. Elle ne se dévoile que progressivement par l'utilisation de la lumière noire. Le spectacle total étreint progressivement les témoins que nous sommes. Le chant lancinant s'insinue dans les corps ; les trilles visuelleset les spirales sonores emportent l'esprit et l'âme dans une torpeur unique.

S'il est peu probable d'être soi-même, en tant que spectateur, invité dans la transe, le pacte du spectacle permet d'approcher ou, à tout le moins, d'imaginer les états altérés de conscience. L&#…

Je vous souhaite d'être follement aimée - Ounie Lecomte

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Je vous souhaite d'être follement aimée est un drôle de film.

Enfin, non, c'est même un film pas drôle, qui ne donne pas envie d'être aimé, alors qu'il ne réclame que cela, simplement par son titre (il suffit d'enlever le "vous").
Il est à l'image de son personnage principal qui ne sait pas aimer, qui ne sait pas comment l'être, parce qu'elle ne se remet pas du manque originel.
Le film refuse toute séduction facile, de ces personnages qui ne sont pas là pour que l'on empathise avec eux. La caméra d'Ounie Lecomte crée une oeuvre coupante, acérée, rocailleuse comme la douleur de ces êtres brisés par la vie et la douleur de l'abandon, le sentiment d'être à côté de sa vie et que, quoi qu'on fasse on ne le fera pas bien, on n'y arrivera pas.
On soulignera l'intense prestation de Anne Benoit, mère inachevée, en devenir, roc de tristesse et de silences murés.
Lorsque Elisa, époustouflante Céline Sallette, reçoit enfin une lettr…

L'agent des ombres (Série) - Michel Robert

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L'histoire : Les forces des ténèbres et de la lumière s'affrontent sur tous les plans. Cependant une troisième puissance s'invite dans le jeu, le Chaos, et un homme, Cellendyl de Cortavar. Renégat de la Lumière, laissé pour mort et trahi par ses anciens coréligionnaires il n'appelle que vengeance...



Je lis peu de fantasy et le premier tome m'est tombé entre les mains lors d'une séance de dédicaces à l'Atalante en 2008.
Michel Robert signait entre Christophe Lambert (La brèche) et Manchu (le premier Merjagnan). Bref, j'ai pris ce livre pour de très mauvaises raisons et il dormait sur mes étagères.

Cette série est un petit miracle incompréhensible.
Personnages improbables, intrigue cousue de fil blanc, ça défouraille de tous côtés, amours contrariés et impossibles, amitiés éternelles, vengeances à mort, meurtres et complots se succèdent à un rythme échevelé.
Oui, j'ai dit, "rythme échevelé". C'est pas bien.

C'est cliché comme pas possible.




L'amour et l'occident - Denis de Rougemont

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Il est des livres qui sauvent la vie.

Dans un essai poétique constamment réimprimé depuis l'édition définitive de 1957, Denis de Rougemont s'attaque à la seule question qui compte.
Pourquoi aimons-nous ?
Et surtout, pourquoi souffrons-nous lorsque l'amour s'arrête, pourquoi sommes-nous fascinés par cette douleur au point de la chérir secrètement ? Pourquoi la douleur d'amour nous obsède-t-elle au point d'irriguer toute la production culturelle de l'occident depuis... Depuis quand déjà ?
Depuis qu'un texte est apparu, comme surgi du néant (ce qu'il n'est pas, comme le montre l'auteur) dans les premiers temps du XIIe siècle. Un texte fondateur, un texte qui dit le secret de l'âme occidentale, Tristan et Iseut.
Il ramasse plusieurs traditions et son archéologie remonte aux premiers temps des religions monothéistes de l'Iran ancien via cathares, bogomiles et manichéisme.
Le mythe tristanien recèle en son cœur une doctrine secrète, la fascinati…

Le Témoin des Salomon - Marc de Gouvernain

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Pour la première fois je reçois un livre pour en faire la critique. Que Babélio (opération Masse Critique) et les éditions Flammarion (Arthaud Poche) en soient ici remerciés.

Cela a un goût particulier que de recevoir un ouvrage, comme ça, juste pour le critiquer. Et pourtant, j'en ai envoyé des services de presse lorsque j'étais éditeur ! Mais de se retrouver de l'autre côté de la barrière, quelle qu'elle puisse être, cela surprend toujours.

Il faut d'abord dire que l'objet est magnifique.
Entendons-nous bien, on parle d'un livre de poche. Mais la couverture et la matière (le pelliculage) sont particulièrement réussis, le directeur artistique a bien fait son travail. La réalisation est soignée, i.e. il n'y a qu'une coquille dans tout l'ouvrage ce qui, à l'aune de restrictions budgétaires, de suppressions de lecture-correction et de la débandade dans le savoir-faire éditorial, est en soi une réussite. Oui, je sais, cela fait vieux con, mais fra…

Whiplash (Damien Chazelle) / Captain Fantastic (Matt Ross)

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Whiplash et Captain Fantastic.
Deux films travaillés par une question décisive : jusqu'où aller dans la transmission ? A quel prix ? Faut-il violenter pour éduquer, pour tirer le meilleur d'un individu (Whiplash) ou alors faut-il isoler ses enfants pour les protéger de la société (Captain Fantastic) ?



L'histoire : Andrew veut devenir batteur, un grand batteur, le plus grand de tous les temps.
Il rêve d'intégrer la classe de Terence Fletcher. Dès son arrivée dans le groupe, Andrew va subir la pédagogie chaotique de Fletcher qui fascine ses élèves, les terrorise, les frappe, les insulte, les félicite, les monte les uns contre les autres, les met en concurrence. Pourquoi ce déchaînement de violence et cette fascination des élèves pour un mentor hurleur ?






Parce que dans un bar, alors qu'Andrew a quitté le groupe depuis longtemps, Fletcher lui raconte l'histoire de Charlie Parker : devenu un dieu du jazz après avoir reçu une cymbale en plein visage d'un autre musici…